Compositions

Krystyunya

Le 10/04/2019

                                  I.

Quand je t’ai rencontrée, je n’avais plus d’espoir,

J’étais au fond du trou et je broyais du noir.

Les jours ont défilé avant que je comprenne

Que tu étais ma loi, que tu étais ma Reine,

Ma drogue, ma potion et la mère idéale,

La sublime moitié d’un serviteur féal.

Tu m’obsèdes, ma mie, oh oui, tu me fascines!

Je vois dans ton regard l’amour qui se dessine,

Plus grand que l’océan, plus haut que l’Everest,

Plus fougueux qu’un torrent, et c’est pourquoi, du reste,

Je viens te déclamer ces quelques vers, tremblant,

Car je t’aime à jamais et ne fais point semblant.

                                 II.

J’ai tout juste vingt ans. Toi, tu en as dix-huit,

Ô, princesse adorée dont je n’osais rêver.

Je veux être à la fois ton prince et puis ta suite

Par delà les flots bruns, les blancs et froids névés.

Ma lointaine Vénus, seul ton bonheur m’importe;

Toi qui es au fin fond de notre ronde Terre.

Regarde à l’horizon ce brasier que je porte

Qui consume mon cœur, dévore mes artères.

Enfin, si quelquefois, la distance cruelle

M’a masqué ta beauté, veux-tu m’en faire grâce?

Car je ressens pour toi ce parfum d’éternel,

Un amour infini que plus rien ne surpasse.

 

Rémy

S.O.S

Le 09/04/2019

Dix-sept heures : Pierrot est las et éreinté ;

Sa journée est finie au guichet PTT.

Elle fut bien remplie et lui bien occupé

A signer des reçus, ouvrir des CCP

Et peser des colis, si bien qu’il est plus blême

Que l’ennuyeux écran de son cher IBM.

Il part, exténué, l’agent atrabilaire,

Rejoignant d’un pas lent les quais du RER.

Puis, vautré dans le train, il se met à bader,

Le nez sur le papier glacé d’un VSD,

Regardant les photos, sans lire ; il a la flemme.

Le voici arrivé devant son HLM.

Il loue, dans cet immeuble un logis pour lequel

La collectivité lui verse une APL.

Il tape un code et pousse, en la faisant grincer,

Comme à l’accoutumée, la porte en PVC,

Ramasse son courrier, y jette un regard bref :

Quelques publicités, la facture EDF.

Au troisième, endormi, l’attend sur le sofa,

« Whisky », son labrador pris à la SPA.

Pierrot entre et s’affale au fond du canapé,

Met son téléviseur en marche : JPP

Place un coup franc brossé que le gardien arrête.

Il change de programme et 007,

En tenue de soirée, vient juste de tomber

Dans une échauffourée mêlant le KGB

Dont les nervis musclés livrent rude bataille

Aux truculents agents secrets du FBI.

Pierrot ne bronche pas, paraît s’intéresser,

S’imaginant au cœur d’une salle UGC.

Mais, s’il en donne l’air, il n’est pas captivé.

Il songe à cet appel passé en PCV

Qu’il a reçu tantôt, et dont il a souffert,

Où son amie, depuis son mobile SFR,

Lui disait n’être plus désormais sa « poupée »

Et qu’elle partait vivre avec un VRP.

Sa grossesse ? Tant pis ! Elle était hors sujet.

De nos jours, qu’est-ce donc de faire une IVG !

Où trouver maintenant une autre européenne

Qui veuille féconder, de plus, son ADN ?

Tout s’enchaîne à présent. Il veut tout regretter.

Il veut, pour commencer, quatre jours d’ITT.

Il renie le présent, il refait le passé,

Croyant qu’il aurait pu jadis faire HEC.

Tout entière, sa vie s’en trouverait changée.

Il serait aujourd’hui un puissant PDG,

Ou alors sénateur, ou bien encor magnat ;

Il pourrait décréter, lancer des OPA !

Et son niveau de vie serait très élevé :

Il roulerait, bien sûr, en BMW

Avec vitres teintées et tout plein de vitesses,

Toit ouvrant pour l’été, airbag et ABS ;

Et lorsqu’il le voudrait, pour se carapater,

Pierrot réserverait un vol sur TAT

En classe affaires, puis il partirait fissa

Au Japon, en Turquie ou bien aux USA.

Il aurait tout son temps pour charmer les hôtesses.

Au lieu de tout cela, il n’a qu’un BTS,

Une Peugeot rouillée dont il a froissé l’aile,

Trop vieille et, de surcroît, qui marche au GPL.

Quand il veut s’évader, à ses heures bohèmes,

Il s’en va seulement faire un tour d’ULM.

Il pense à ses impôts qui le font enrager,

RDS, TVA et autres CSG.

Depuis le temps qu’il joue, il n’aura pas même eu

Deux cents francs de gagnés au petit PMU.

Vingt trois heures : Pierrot vient de se décider.

Il s’envole très loin avec du LSD.

Le pauvre homme accablé souffre trop dans sa chair ;

Tout à l’heure, il sera conduit au CHR.

Le souffle de la vie, peu à peu, le délaisse.

Les pompiers, prévenants, l’ont mis en PLS,

Tandis qu’un médecin palpe son pouls léger.

Une infirmière, alors, lui fait un ECG,

Mais le cœur de Pierrot, semble-t-il a cédé.

« Whisky » s’éveille enfin ; son maître est DCD.

 

Rémy

L'oiseau curieux

Le 05/04/2019

Un oisillon inattendu

Par la fenêtre s’est glissé.

Il est jeune et semble perdu

Dans ce décor froid et glacé.

L’oiseau était vif et madré ;

Bientôt, il a caracolé,

A exploré tous mes secrets

Et, brusquement, s’est envolé.

 

Ô, petit oiseau, reste encore

Car il fait presque nuit dehors !

 

L’oisillon frivole est resté.

D’autres secrets il a trouvé.

Par la fenêtre, un soir d’été,

A tire-d’aile, il s’est sauvé.

Je fus bien triste et désolé.

Il reviendra peut être un jour.

Maintenant, tu sais bien voler ;

Reviens petit oiseau d’amour !

 

Ô, petit oiseau, reste encore

Car il fait presque nuit dehors !

 

Rémy

Nocturne

Le 04/04/2019

Dans la nuit, le halo de la lune scintille;

Au loin, l’on aperçoit des points qui se dessinent,

Des fragments lumineux qui, dans l’encre de Chine,

Tissent, en rayonnant, de nocturnes résilles.

 

Et dans ces entrelacs, ces rets qui s’entortillent,

Je voudrais me jeter! Une stellaire ondine…

Serait-ce, tout d’un coup, la chimère anodine,

Le songe farfelu ou la sotte vétille?

 

Dans le brou de la nuit, c’est là que l’on devine

D’un bleu immaculé les prunelles divines,

Et j’aimerais, alors que ma raison vacille,

 

Décrocher une étoile aux teintes opalines,

M’aventurer, là haut, sur ses rondes collines,

En célestes pensées pour le cœur d’une fille.

 

Rémy

Les mots

Le 04/04/2019

Dans la grande famille où fourmillent les mots,

Je m’en choisis pour l’art de parler ou d’écrire,

Et, dans cette forêt aux millions de rameaux,

J’en prends pour m’amuser, pour narrer, pour décrire.

 

Verbes et locutions ou autres qualificatifs

S’agencent joliment et flattent nos oreilles

A tout mode, à tout temps, futur ou subjonctif;

Ils sont, pour notre esprit, pure et simple merveille.

 

C’est pourquoi, çà et là, j’en remplis ma besace,

Pour rire ou pour pleurer, pour aimer, pour haïr,

Pour chanter, deviser ; jamais je ne me lasse,

Tant les mots bien choisis procurent du plaisir.

 

Rémy

La pluie

Le 03/04/2019

Flic, revoilà la pluie qui pleure en italique,

Floc, sur le toit pentu de la vieille bicoque,

Flic, et dans un tempo monotone et cyclique,

Floc, comme des grelots, les gouttes s’entrechoquent.

 

Flic, ruisselant bientôt sur le sol famélique,

Floc, traçant des serpents sinueux et loufoques,

Flic, la pluie vient verser au thym, au basilic,

Floc, au frêle olivier les bienfaits de l’époque.

 

Flic, l’escargot ravi cesse alors sa supplique,

Floc, s’étend tout entier hors sa coque baroque,

Flic, la nature émue, ô, plaisirs bucoliques,

Floc, entend du printemps le moite soliloque.

 

Flic, au loin les crapauds chantent, mélancoliques,

Floc, du clocher pointu sonne la joie de Pâques;

Flic, le soleil bientôt éclairera, oblique,

Floc, ces enfants joyeux qui sautent dans les flaques!

 

Rémy

L'enfant prodigue

Le 03/04/2019

Tout commence en été

Lorsqu’un jour je suis né.

Les cloches

Sonnèrent aussitôt.

 

Ma sagesse enfantine

Se met vite en sourdine.

Tout mioche,

Je suis un numéro.

 

J’épuise mes parents

Et je reçois souvent

Taloches,

Soufflets sur mon museau.

 

Soignant mon petit corps,

Goulûment je dévore

Brioches,

Sucreries, cacao.

 

Aux champs, j’aide  mon père

A travailler la terre.

Je pioche,

Je manie le râteau ;

 

Et puis, me croyant mûr,

Je pars à l’aventure.

En poche,

Je n’ai que du culot.

 

« Je veux être marin ! »,

M’écriai-je soudain.

Le Foch

Me fit détester l’eau.

 

Puisque les flots m’attristent,

Je deviens donc artiste ;

J’accroche

Sur les murs mes tableaux.

 

Je joue, quand vient le soir,

Des blanches et des noires,

Des croches,

Des airs sur un piano.

 

Le public insensible

Formule de terribles

Reproches

Sur mon coup de pinceau.

 

Mais la chance, tout bas,

Me dit : « Ne rate pas

Le coche :

Joue dans un casino ! »

 

J’exécute, docile,

Ces conseils et, fébrile,

J’empoche

Fier de moi le gros lot.

 

Je m’offre un grand voyage,

Je visite Carthage,

Antioche,

Singapour et Rio.

 

Cupidon, impassible,

Dont je deviens la cible,

Décoche

Ses flèches d’angelot,

 

Gravant mon cœur meurtri

D’une longue série

D’encoches

D’où l’amour coule à flots.

 

Je chéris mes amantes

Et j’offre à ces charmantes

Des broches

Et bien d’autres joyaux.

 

Ma vie s’en est allée

Comme un frêle galet

Ricoche

Quand on l’envoie sur l’eau

 

Et je crois bien qu’en somme,

Je finirai tout comme

Gavroche,

Le nez dans le ruisseau.

 

Il faudra bien partir

Et laisser sans mot dire

Mes proches ;

Ça, c’est moins rigolo.

 

Les fleurs et les fougères,

Les cailloux et la terre,

Les roches

Me feront un manteau.

 

Alors, je rejoindrai

Jésus dans ses contrées.

« Approche ! »,

Me dira-t-il tantôt.

 

« Regarde sous tes pieds. » 

Je vois le monde entier ;

C’est moche !

On est bien mieux la haut !

 

Rémy