Compositions

Vaisseaux fantômes

Le 08/07/2019

Dans le flux de nos veines,

Un intrus l’on devine,

La pointe d’une épine,

Le courant de nos peines.

 

Une souffrance naine,

Ainsi qu’une canine,

Darde puis se dessine,

Hideuse et presqu’obscène.

 

Sourde, elle morigène ;

Déjà, je l’imagine

Qui s’affaire et s’affine

Nichée dans la saphène,

 

Déployant ses antennes.

Elle court et s’obstine,

Se fait la concubine

Des veinules ébène,

 

Méchante châtelaine,

Sournoise et pateline

Qui, dans cette courtine,

Nous emprisonne, hautaine.

 

Puisque l’on nous enchaîne,

On pleurniche, on crachine

De grosses avelines,

Comme des madeleines.

 

Dans le sang, inhumaine,

Elle va et chemine,

Casanière et chauvine,

Ainsi que le chevaine,

 

Et, loin d’être une aubaine

Pour notre hémoglobine,

Sa morsure androgyne

Est bientôt pathogène.

 

Là, sous la porcelaine

Falote, hâve, opaline,

Elle siffle en sourdine

Une élégie soudaine.

 

Résonne la sirène

Aux échos qui serinent

L’éternelle routine

Dont l’issue est certaine.

 

Nervures méthylène,

La douleur est maline,

Cinglante et nous lamine,

Amère, peu amène.

 

Un mal rongeant se traîne

Au fond de la poitrine,

Orage qui ravine

Le ténébreux aven.

 

Vole au vent, la phalène,

Comme la popeline !

Dans les airs se confinent

Des chatons et des faînes.

 

Un singulier pollen

Jaillit et dégouline ;

Les pensées libertines

Courent la prétentaine.

 

Encor bien moins sereine

Dans un conduit marine,

Les chimères chagrines

Empestent la gangrène,

 

Condamnées, dans l’arène,

A l’agonie taurine :

Passion, assassine

Tes amants sur la scène !

 

Sangsues de la rengaine,

Sanglots des voies sanguines,

De nos larmes salines

S’exhale votre haleine.

 

Et des pleurs, par dizaines,

Ruissèlent et voisinent,

Tels des grains de résine

Sur un mat de misaine.

 

Lierres, guis et lichens,

Lianes tant mesquines,

Ronces et églantines

Qui croissez par centaines

 

Aux abords du vieux chêne,

Assaillant son échine,

Le vent le déracine

Par votre aide malsaine !

 

Ô, pauvre énergumène,

L’âpre poison te mine !

Gonflées par tant de spleen,

Tes veines sont trop pleines.

 

Bible lacrymogène,

Notre vie se pagine,

Et, à pas de feutrine,

Se suivent les étrennes.

 

Vieux fossile éocène,

Oui, tes jours se calcinent !

Tristement, une Ondine,

Dans un paisible Eden,

 

Chante une cantilène,

Pinçant sa mandoline ;

Ses larmes sont divines

Mais les tiennes sont vaines.

 

Rémy

Lolie

Le 25/05/2019

Que j’aime à contempler vos tactés élancés,

Chère Etoile, divine en tutu d’Organdi,

Vos manèges soignés, vos entrechats racés

Sont un enchantement extrême, ô Milady!

 

Quelle légèreté, quelle grâce sublime

Plaisamment vous offrez lorsque au-dessus des planches,

Comme l’elfe fluet d’un coquet pantomime,

En tournoiements exquis votre corps se déhanche!

 

Je suis émerveillé, Lolie, par vos prouesses!

Vous voir virevolter est un ravissement,

Sur mes yeux médusés une pluie de caresses,

L’onctueuse ambroisie que l’on boit doucement.

 

Aussi viens-je exprimer toute la gratitude

Pour l’aimable attention qui me fut accordée

Par vos soins prévenants, pour la béatitude

Qui me berce en venant, conquis, vous regarder.

 

Rémy

La dérive

Le 12/05/2019

Un beau matin d’avril, j’ai hissé la grand voile,

Vous laissant sur le quai à la haute marée,

Pour rechercher l’éclat de la nouvelle étoile.

Ho hisse et hisse et ho, et j’ai le cœur serré.

 

Soudain, déconcerté, j’aperçois vos visages

Joliment profilés sur la mer étirée ;

Vos rires cristallins montent vers les nuages.

Ho hisse et hisse et ho, et j’ai le cœur serré.

 

Il faudra bien pourtant décrocher cette amarre,

Partir aveuglément vers la lueur du phare.

Le navire, à présent, avance à vive allure,

 

Sur les flots apaisés, sous les cieux dégagés.

Hardi, fier matelot, je défie le futur !

Ho hisse et hisse et ho, et j’ai le cœur léger.

 

Rémy

Un petit gars

Le 04/05/2019

Je suis un petit gars, plutôt sympa, ma foi,

Qui s’amuse et qui joue, qui savoure la vie.

Je suis un petit gars,aussi,sans foi ni loi

Qui, dans son univers, maintenant vous convie.

 

Tantôt j’aime, je ris, et puis tantôt je casse;

Je peux être tempête et tout d’un coup velours.

Je suis extrasystole en ces heures qui passent,

Hier, un diablotin; aujourd’hui un amour.

 

Un enfant, c’est cela; c’est le noir et le blanc,

C’est le jour et la nuit en deux ou trois secondes.

Spontanés, naturels, ils ne font pas semblant,

Mais que nous les aimons, nos chères têtes blondes!

 

Rémy

Solo

Le 24/04/2019

J’ai soif de ces moments dans un désert d’autrui:

J’imagine, je vois, je rêve et je ressens,

Dans un souffle de soi soudainement puissant,

Sans chaînes, sans carcan, sans personne, sans bruit.

 

Je crains la vacuité et l’ombre de la nuit:

J’erre, je me morfonds et, sans fin, je descends

Les sentiers sans passant, si lassants, impuissant;

Nul parent, nul ami, nul amour: je m’ennuie!

 

Seul, je compte les jours, mais les jours comptent, seul.

Que préférer : l’amour au secret d’un linceul,

Pour frôler l’absolu, toucher la plénitude

 

Dans la proximité , banale, vide et morne

Ou dans un plein néant, idéal et sans bornes,

Dans la réalité ou dans la solitude?

 

Rémy

Divine

Le 22/04/2019

Bonsoir, poupée de nacre aux prunelles saphir !

Te souviens-tu de lui, ô cruelle féline,

Lorsque tu voletais, suave et doux zéphyr,

Un soir, auprès de lui, ravissante et câline ?

 

L’aurifère crinière ondulait dans le vent,

Effleurant les contours de tes lèvres carmin.

Lui regardait le ciel, une étoile, en rêvant…

Sans un mot, sans un bruit, il caressait ta main.

 

Oh, prends garde, mon ange, à tes ailes fragiles,

De ne point les brûler sur un foyer ardent !

Tu crois savoir voler et tu crois être agile ;

 

Oh, mon cher séraphin, je t’en prie, sois prudent !

Enfin, cette nuit là, si tu fus son vainqueur,

Ne joue pas avec lui mais va cueillir son cœur.

 

Rémy

Les lions

Le 18/04/2019

C’est, à l’orée du kraal, la marche nuptiale ;

Un couple de lions progresse, martial.

Les cirrus incarnats font au ciel un portique

Où l’astre d’or suspend ses fléaux erratiques.

Les halos oscillants filtrent, ainsi drapée,

La dentelle ajourée des arbustes épais.

Dans un acacia, des chimpanzés, en cœur,

Stridulent leurs échos en triolets moqueurs.

Un vent d’hostilité rôde sur la savane ;

Les deux fauves gourmés pénètrent ses arcanes.

 

Dans le miroir sans tain d’une psyché liquide,

Se confie, à l’étang, l’antilope languide.

Les ultimes faisceaux du spectre évanescent,

Quand  l ’ « ite »  retentit fondent au soir naissant.

Et le ballet s’anime où les bêtes vont boire,

En clapotis rythmés, laper l’onde de moire.

Les crapauds buffles crient leurs rauques harmonies ;

Une aposiopèse éteint la symphonie.

L’antilope pressent le frisson d’un péril ;

Dans l’ombrage ont relui quatre chrysobéryls.

 

Les glaives ivoirins au venin séminal

Happent leur venaison, scandent la bacchanale,

Tranchent, comme un corail déchire une varangue,

Les chairs endolories de l’animal exsangue.

Ses sabots maculés des barbaries nocturnes

Ont revêtu l’aspect de vermillons cothurnes.

Le cœur à l’agonie emplit la canopée,

Expirant mollement ses soupirs syncopés.

L’aube dissout la nuit dans un jusant céleste ;

Les lions sont partis sans demander leur reste.

 

Rémy

Le feu

Le 16/04/2019

Sur des chenets rouillés, une drôle de bouche

Dévore sans merci les tripes d’une souche.

Elle est en appétit sitôt qu’une allumette

Trouve l’antre béant où l’attend sa luette.

 

Aux lèchements bleutés des gourmandes papilles,

L’écorce vermoulue de la bûche grésille.

Le bois craque, cédant sous les dents qui le croquent ;

Entre chaque bouchée, les branches s’entrechoquent,

 

Laissant, comme un dragon que l’enfer ensorcèle,

Postillonner en l’air des gerbes d’étincelles.

En râles crépitants dans la gorge de braise,

S’étranglent les tisons, rouges, dans la fournaise.

 

Et, des langues fourchues, la brûlante salive

Essuie l’émail saillant de lisses incisives,

Arc-boutées sous les mors des babines que gavent

Les flots érubescents d’incandescente bave.

 

La gueule et les naseaux qui flairent et reniflent

Eructent, en fumant, leur haleine qui siffle,

Blondissant et bouclant en de torses volutes,

Sur un front flamboyant quelques mèches hirsutes.

 

Broyant et mastiquant de leurs mauves tenailles,

Les mâchoires goulues grincent et font ripaille,

Tandis que, saturé, s’enflamme l’intestin

Dont les bouillants boyaux défèquent ce festin.

 

Les agapes se font, freinant leur frénésie,

Un murmure discret qu’éteint une aphasie.

Une plainte étouffée au creux du goitre geint

Tenant d’une nausée ou bien d’un ogre à jeun.

 

Comme un déchet mauvais, un gras cholestérol,

S’épanchent les fumées de fines fumerolles.

Le charbon consumé, tel un crâne crépu,

Témoigne, noir de gris, que la bouche est repue.

 

N’ayant plus de mordant, d’énergie à revendre,

Il ne subsiste alors qu’un petit tas de cendres.

Un dernier bâillement à tout jamais l’endort.

Mords et tu seras feu, brûle et tu seras mort !

 

Rémy